Yollande Laviolette

Ottawa et sa campagne


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Née à Lefaivre dans l’est ontarien, elle avait d’abord fait ses premières armes comme copropriétaire d’une ferme avicole à Carleton Place, à la fin des années 60. Après quelques années, dues aux difficultés pré-gestion de l’offre comme beaucoup d’autres fermes, elle a dû cesser ses opérations.

 Ayant l’agriculture dans le sang, avec des rumeurs d’implantation de gestion de l’offre, elle achète une autre ferme à Apple Hill avec une production de 6000 pondeuses. Mais, demeurant à Fournier, la distance de voyagement quotidien entre la maison et la ferme devient un problème et en 1977, elle vend celle-ci et achète celle de St-Isidore avec un quota de 6200 pondeuses.

 En 1977, c’est là que commence vraiment l’aventure de la Ferme avicole Laviolette à son emplacement actuel. Au début, il s’agissait d’une ferme à la fois porcine et avicole mais en 1983, le feu s’empare de la porcherie. Même si Yollande connaissait bien l’élevage porcin moderne et faute de financement à l’époque où les taux d’intérêts des emprunts frisaient les 20%, elle décide d’abandonner cette production pour mettre toute son énergie et son temps dans la production et la classification d’œufs.

 À la fin des années 1980, tous les œufs sont vendus à la Coop Agropur à Montréal mais ce marché est perdu en raison d’une restructuration de cette coopérative québécoise. Donc, pour quelques années, seulement une petite partie des œufs sont vendus localement, tant dis que le reste de la production est acheminée à un autre classeur.

 Le 13 avril 1993, le feu ravage le poulailler. C’est une perte totale mais le poste de classement a été épargné. Yollande, sans se désoler, y voit une opportunité d’expansion. Elle construit un poulailler moderne avec une technologie de pointe tout en augmentant la capacité du nombre de pondeuses.

 Mais ce ne fut pas facile. Le feu a eu lieu en avril et il fallait trouver un endroit temporaire pour loger les poules de remplacement durant la construction du nouveau poulailler. C’est à North Lancaster que l’on loge les poules jusqu’à la fin août. La reconstruction n’a pris que quatre mois! C’est Yollande qui fait la navette chaque jour entre North Lancaster et St-Isidore pour faire la cueillette des œufs, les classer et en faire la livraison tout en organisant les travaux de construction avec ses fils qui n’étaient que disponible à temps partiel.

 En 1997, la ferme fait un pas de plus. Marcel, ayant la même passion que sa mère et voulant suivre ses traces en voulant venir travailler à temps plein sur la ferme décidèrent d’y construire un nouveau poste de classement à même le poulailler. C’est alors qu’ils partent à la recherche d’un nouveau marché. En peu de temps, les objectifs prévus sont dépassés et la production actuelle ne suffit pas aux besoins.

 En 1998 survient alors une autre dure épreuve : la fameuse tempête du verglas. Comme beaucoup d’autres agriculteurs, Yollande et ses fils travaillent d’arrache-pied pour entretenir les génératrices qu’on a, les fournir en carburant qui devient de moins en moins disponible, et transporter d’autres génératrices qu’on emprunte des voisins ici et là. Marcel occupe toujours un emploi à temps plein. Il partage son temps et ses énergies mais c’est Yollande qui coordonne le tout. Suite au verglas et à la croissance de l’entreprise, Marcel devient un employé permanent et coactionnaire de la ferme. Il s’occupera surtout de la vente et de la distribution d’œufs.

 Madame Laviolette peut alors se payer un peu de bon temps. Avec deux de ses frères, elle fait un voyage dans l’ouest et le nord-ouest canadien en 1998, visite entre autres l’Espagne en 2000 et l’Australie en 2002. Malheureusement, cependant, Madame Laviolette nous quitte prématurément le 30 août 2003 des suites d’une courte lutte contre le cancer à l’âge de 59 ans.

 Malgré tous les défis que lui a causés sa carrière de chef d’entreprise avicole, madame Laviolette a toujours été très généreuse de son temps pour participer à des causes qui lui tenaient à cœur. En voici quelques exemples.

  • Fière franco-ontarienne, elle siège au conseil d’administration de l’Union des cultivateurs franco-ontariens de 1994 à 1999 et occupe le poste de « secrétaire-trésorière » de 1996 à 1998.
  • Elle a siégé au conseil d’administration des Producteurs d’œufs de l’Ontario de 1988 à 2003.
  • Elle a aussi siégé sur le Farm Practice Protection Board de 1990 à 1996 et le Egg Fund Board de 1997 à 1998.
  • Elle a aussi œuvré au sein de plusieurs organismes paroissiaux à sa paroisse de Fournier, entre autres dans la chorale paroissiale et le mouvement des Filles d’Isabelle.
  • Artiste musicale, elle a aussi prêté sa voix au Chœur du Moulin de Rockland pendant de nombreuses années.

Yollande a laissé à la communauté agricole et rurale de l’Ontario français, un héritage qui est toujours très visible aujourd’hui. Grace à cette passion qu’elle a su transmettre à son fils Marcel elle peut maintenant être fière de SA ferme qui compte maintenant 2 poulaillers, 15 employées en temps plein, 50 000 poules pondeuses et dessert plus de 350 clients et son territoire de vente s’étend de l’est de l’Ontario au sud du Québec. Sa clientèle comprend des épiceries, des restaurants et des grossistes en alimentation. La qualité et la fraicheur du produit est incontestable puisque chaque œuf qui sort de la ferme est estampillé de la date, du lot, du code de producteur et de la date de production. La ferme Laviolette est la première en Ontario à avoir mis en place un tel système de traçabilité exhaustif et en 2014, la province de l’Ontario lui a décerné le Prix de la Première Ministre pour l’excellence en innovation agroalimentaire. 

 Pour conclure, son exemple d’agricultrice entrepreneure forte, généreuse et déterminée peut servir d’inspiration à la relève agricole d’aujourd’hui. Mais, il y a plus encore. Elle a légué à ses enfants et petits-enfants ce joyau qu’est la Ferme Avicole Laviolette Limitée qui est la fierté de toute la collectivité franco-ontarienne. Elle était quelqu’un de très fière d’avoir fait croître une petite entreprise en tant que FEMME, mère monoparentale et d’avoir œuvrer dans le milieu masculin.

 

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